Le dialogue inter-religieux, l’histoire, le droit des religions, le droit, la laïcité, la liberté, la fraternité… De grands mots à la cohabitation difficile et qui pourtant doivent former un tout, doivent former le socle de la République Française.

L’époque des Lumières et la Révolution Française 
L’espérance des Lumières qui a débouché sur la Révolution Française serait-elle d’un autre temps ? Voltaire dans son Traité sur la tolérance avait jugé utile de dénoncer ce qu’il appelait l’infâme. Mais qu’est-ce que l’infâme à l’époque de Voltaire ? Ce n’est pas la religion. Pour lui, c’est l’instrumentalisation politique de la religion dans un projet de domination. Après l’affaire Calas, Voltaire décide de consacrer une partie de son œuvre et de sa vie à la lutte contre le fanatisme religieux en faisant nettement la distinction avec la religion comme démarche spirituelle.
Nous sommes en 1762, 27 ans avant la Révolution Française. Notre Révolution Française change alors la conception de la Nation. Avant, la Nation était la fille aînée de l’Église. Les sujets dans la monarchie de l’Ancien Régime qui étaient assujettis à sa majesté deviennent des citoyens égaux et libres en droits dès leur naissance. Comme le souligne Rousseau dans Le Contrat Social (1762), la Nation se redéfinit comme une communauté de droits.

Les prémices de la Laïcité
Pour vivre ensemble que faut-il respecter ? Avoir la même religion ? Non, répond la Révolution. La souveraineté populaire ? Oui, répond la Révolution. Le peuple est libre car capable de se donner à lui-même ses propres lois. L’article 10 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (26 août 1789) proclamera « Nul ne peut être inquiété de ses opinions mêmes religieuses ». La France révolutionnaire est en chemin pour émanciper la conscience humaine, pour reconnaître l’égalité en droits de tous les croyants, de tous les athées, de tous les agnostiques.

La Laïcité n’est pas anti-religieuse 
Dès le 18e siècle, les personnes qui luttent pour la laïcité sont pour beaucoup des croyants, plus que des athées. Victor Hugo, croyant, déclarera « Je veux l’Église chez elle et l’État chez lui. » lors de son discours virulent contre la Loi Falloux (qui organise le contrôle du clergé sur l’école).
La laïcité a pour vocation d’arrêter toute collusion de l’Église et de l’État car elle corrompt l’Église en faisant une puissance de domination alors qu’elle n’a vocation qu’à être une organisation collective d’une spiritualité partagée par des croyants. La religion est libre mais ne doit engager que les croyants. La République est dépositaire de ce qui est commun à toutes et à tous et vise l’intérêt général non l’intérêt particulier.

Mais alors qu’est-ce que la Laïcité ? 
Elle est l’affirmation de trois principes indissociables qui constituent le fondement du vivre ensemble : la liberté de conscience, l’égalité de droits de tous les citoyens qu’ils soient croyants, athées ou agnostiques et l’universalité. Nous sommes tous bénéficiaires du bien commun, de la République Française.

Laïcité et citoyen éclairé 
Pour Condorcet (1743-1794), la Révolution ne peut se contenter de donner le suffrage universel aux citoyens. Elle se doit de lui donner les moyens d’exercer son suffrage de manière éclairée. « Instruire pour libérer, instruire pour émanciper, instruire pour former le citoyen. » Sa position est claire : le temps où les moyens financiers déterminent l’accès à l’instruction est révolu. Elle devra être publique, gratuite et obligatoire pour permettre aux enfants de se consacrer entièrement et exclusivement à l’acquisition d’une culture, d’une autonomie de jugement qui feront d’eux des êtres humains libres et des citoyens éclairés grâce à ces passeurs de valeurs républicaines que nous appelons Enseignant, ces fonctionnaires de l’universel. Jacques Muglioni, philosophe du 20e siècle, défendait également cette position « L’école, c’est le lieu où l’on apprend ce que l’on ignore pour pouvoir, le moment venu, se passer de maîtres. » L’école laïque de la République est bien la seule école libre en ce sens que la liberté y est enseignée à l’écart de tout prosélytisme. « Les bruits extérieurs », politiques, commerciaux et religieux, n’y entrent pas. Jean Jaurès, grand défenseur de la Laïcité, dira d’elle qu’elle est le lieu où l’on doit apprendre la pratique de la pensée libre. Elle est à ses yeux « la libératrice des cerveaux et l’éducatrice des consciences ».

La Laïcité à l’école aujourd’hui
Ce que nous constatons au travers des événements terroristes vécus en France, depuis 2015, c’est que la Laïcité y est systématiquement discutée dans un contexte où fleurissent, dans l’urgence et l’émotion, les raccourcis. La Laïcité à l’école devrait-elle résoudre les problèmes de société, panser les problèmes de sécurité ? La Laïcité n’est pas seulement une question de l’éducation mais bien de toute la société. On peut se poser la question si nous en demandons beaucoup à l’école. Compenser les dérives sociétales est-ce un rôle qui lui est propre ? Comment gérer les pressions communautaristes et la montée des tensions autour du fait religieux à l’école ? Comment enseigner la Laïcité à l’école ? Cette dernière question est centrale dans le débat qui nous anime. L’Éducation Nationale est-elle capable de former des enseignants ? Le sondage « La laïcité et l’École : les enseignants ont la parole », commandé en 2018 par le Comité National d’Action
Laïque (CNAL), dévoile que 74 % des enseignants interrogés disent ne pas avoir eu de formation à la Laïcité.
La nécessité première évoquée par le Conseil des Sages de la Laïcité à l’Éducation Nationale, est la formation du corps enseignant. L’Éducation Nationale se doit de donner les outils intellectuels et argumentaires nécessaires aux enseignants et aux chefs d’établissement pour les aider à appliquer les principes de la Laïcité tout en respectant leur liberté pédagogique qui se traduit par une liberté de moyen, qu’ils jugent opportun, pour enseigner ce qu’ils doivent enseigner.

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